Notre Unité Pastorale

Homélie pour le 26e dimanche du Temps Ordinaire (400 ans du charisme vincentien)

Dans cette parole qui vient d’être proclamée, nous reconnaissons Dieu qui vient à notre rencontre, qui nous parle et nous trace un chemin de vie. En Jésus, la Parole est devenue chair et son humanité véritable était le reflet parfait du vrai Dieu et de l’homme nouveau. Par cette parole, nous entrons dans l’intimité de Dieu et nous l’accueillons comme une bonne nouvelle qui vient éclairer d’un jour nouveau chaque instant et tous les actes de notre vie. Dans cette parole, c’est tout l’amour de Dieu qui se déverse au-delà de toute mesure et qui rallume la flamme de l’espérance. Et chaque fois qui nous acceptons de nous mettre à l’écoute, chaque fois que nous nous rendons disponibles à Celui qui nous parle, nous entendons des mots qui disent l’amour, la tendresse, la compassion, la miséricorde, la confiance… Jésus est là, au milieu de nous et pourquoi vient-il parmi nous ? Saint Vincent-de-Paul répond : « Pour établir entre nous par son exemple et sa parole la charité du prochain. C’est cet amour qui l’a crucifié et qui a fait cette production admirable de notre rédemption ». Et puis, tout en contemplant le Christ, vient la question qui n’est plus simplement datée du 30 mai 1659, mais qui est pour nous, aujourd’hui : « Ô Messieurs, si nous avions un peu de cet amour, demeurerions-nous les bras croisés ? ».

A l’école de saint Vincent, nous apprenons à décroiser les bras pour les étendre, comme le Christ, afin qu’ils accueillent toute la création. Nous ne vivons pas dans l’enfermement du cœur mais, comme le Christ, nous sommes des femmes et des hommes au cœur ouvert et attentif à toutes les pauvretés contemporaines. Si nous nous contentons de regarder de loin ou de faire de la pauvreté seulement un sujet d’étude, nous ne sommes ni vraiment chrétiens, ni vraiment humains. Et saint Vincent nous dirait : « Quoi, être chrétien, et voir son frère affligé, malade, sans pleurer avec lui, sans être malade avec lui, c’est être chrétien en peinture, c’est n’avoir point d’humanité, c’est être pire que des bêtes ». Voilà des paroles qui nous bousculent et nous réveillent ! En rendant grâce au Seigneur pour ces 400 ans de la vocation et du charisme vincentiens, nous proclamons aussi l’actualité de cet appel et de cette mission. Nous aussi nous reconnaissons que Dieu nous a choisis pour servir en sa présence, pour apporter au monde le feu de l’évangile et révéler la victoire de l’amour. Comme saint Vincent, nous sommes appelés à être serviteurs et missionnaires. Comme il le  disait : « Aimons Dieu, aimons Dieu, mais que ce soit aux dépens de nos bras, que ce soit à la sueur de nos visages ». Mettons-nous concrètement et efficacement au service du plus pauvre et soyons vigilants afin de ne pas nous contenter d’avoir un « extérieur bien composé » et un « intérieur rempli de grands sentiments de Dieu », mais en nous arrêtant là. Etre serviteur et missionnaire, être disciple et témoin du Christ, cela signifie, avec les mots de saint Vincent : « travailler pour Dieu, souffrir, se mortifier, instruire les pauvres, aller chercher la brebis égarée… Non, ne nous trompons pas : toute notre œuvre est dans l’action ».

En venant nous nourrir à la table de la Parole et du Corps du Christ, nous prenons l’engagement de vivre avec et comme Celui qui nous recevons. Nous devenons comme autant de sacrements de la présence de Dieu au cœur du monde. Et le bienheureux Frédéric Ozanam nous dit : « les idées religieuses ne sauraient avoir aucune valeur si elles n’ont une valeur pratique et positive. La religion sert moins à penser qu’à agir… ». Agir, cela ne signifie pas tomber dans l’activisme, mais apporter au monde ce qui peut lui redonner sens et goût de vivre. C’est aller à la rencontre de l’autre, où qu’il soit et quel qu’ait pu être son itinéraire, pour lui annoncer en paroles et en actes l’amour du Christ. Non, ne pouvons pas rester les bras croisés et la passivité n’est pas une vertu évangélique ! L’Esprit du Seigneur nous pousse à aller de l’avant, à trouver les chemins nouveaux pour l’annonce de l’évangile. C’est lui qui nous donne « les mêmes inclinations et dispositions que Jésus-Christ avait sur la terre » afin que nous vivions en lui et par lui, afin que nous agissions avec la même liberté et avec le même désir d’accomplir la volonté du Père. Ne nous arrêtons pas aux simples apparences mais faisons ce que saint Vincent nous propose : « tournez la médaille, et vous verrez, par les lumières de la foi, que le Fils de Dieu, qui a voulu être pauvre, nous est représenté par ces pauvres ». Nous voulons voir Dieu… et bien, regardons l’autre, regardons le pauvre avec le regard de Jésus. « L’art d’aimer Dieu – et nous pourrions ajouter l’art d’aimer son prochain  - c’est de l’aimer sans compter «, nous dit saint Vincent. Confiance, Dieu nous choisis pour être serviteurs et missionnaires de son amour !